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La littérature Camerounaise depuis l’époque coloniale

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NATIONALITÉS LITTÉRAIRES

En 1982, dans le numéro 27 de la revue Peuples Noirs/Peuples Africains de Mongo Beti, Guy Ossito Midiohouan considérait le phénomène des littératures nationales en Afrique comme un phénomène inquiétant. Après l’avoir historiquement situé autour des années 70, le critique béninois constatait que le vent des littératures nationales venait briser la ferveur unitaire qui avait caractérisé la littérature négro-africaine dans les années 60. Il peut paraître paradoxal que les revendications de nationalités littéraires, pour s’exprimer, aient attendu une dizaine d’années après les indépendances africaines dont la plupart se situent autour de 1960. Mais toute revendication nationaliste ne consacre-t-elle pas le triomphe du colonialisme ? Midiohouan y voit donc l’action des semi lettrés, purs produits de la colonisation, qui accèdent au pouvoir sur le continent et qui tentent, par tous les moyens, y compris par la littérature, de consolider leur pouvoir en en fixant les frontières, non pas seulement territoriales mais également dans l’imaginaire. Des hagiographes circonstanciels furent ainsi recrutés pour exalter l’unité nationale et célébrer les vertus du Guide éclairé et Père de la nation en même temps qu’étaient traqués tous les iconoclastes.

Directement ou indirectement, la démarche de certains critiques soutient la politique des dictateurs africains. Plusieurs chercheurs essayèrent ainsi, a posteriori, de justifier la notion de nationalité littéraire. Robert et Arlette Chemain, dans leur Panorama critique de la littérature congolaise d’expression française paru en 1979 chez Présence Africaine identifient  trois critères de nationalité littéraire : – un nombre d’écrivains et un corpus d’oeuvres. – une certaine continuité, caractérisée par l’«enracinement [des oeuvres] dans le passé, une vitalité suffisante, manifestée par le rayonnement de certains auteurs hors des frontières, la montée de jeunes écrivains et les projets de réalisation des auteurs confirmés, qui garantissent que la floraison actuelle ne sera pas qu’un feu de paille sans lendemain».

– l’existence de «certains traits communs à l’ensemble des oeuvres, découlant de traditions culturelles et d’une expérience historique communes». Mais, ces critères pour pertinents qu’ils puissent paraître ne résolvent pas le problème de nationalité littéraire à l’échelle d’un auteur ou d’une œuvre. Qui plus est, pour la plupart des critiques, la notion de nation est difficilement applicable aux Etats africains, compte tenu des conditions historiques de leur émergence. D’autres problèmes se posent aux littératures nationales dont le moindre n’est pas celui de la langue sur lequel Charly Gabriel Mbock revient pertinemment dans Le Chant du signe.

Mais en s’inspirant de Pierre Bourdieu et en réinscrivant le champ littéraire à l’intérieur d’autres champs, social et politique notamment, on ne peut ne pas prendre acte de certaines réalités. Les littératures nationales apparaîtraient alors  comme une situation de fait. Et, dans une démarche pragmatique, on aurait  alors, plutôt que de s’abandonner à la nostalgie de l’unité perdue de la littérature négro africaine, à impulser le processus de constitution de nations dont la culture est le ferment  et le ciment. C’est  sûrement la démarche de la revue Notre Librairie qui ne s’est guère embarrassée de définir les critères de nationalité littéraire avant de publier sa série consacrée aux littératures nationales des pays africains et dont les deux numéros consacrés au Cameroun sont vieux de plus de dix ans. Le présent ouvrage qui rassemble quelques uns des meilleurs spécialistes nationaux de la question se présente comme une seconde halte réflexive majeure dans le champ de notre littérature. Cet arrêt s’imposait pour plusieurs raisons : l’écroulement des colonnes de notre édifice littéraire avec les morts de Mongo Beti, Francis Bebey et René Philombe, la précarité de l’institution littéraire nationale, l’extraordinaire indifférence des instances nationales en charge des questions culturelles.

Marcelin VOUNDA ETOA

Informations complémentaires

Année de publication

2004

Auteur

Marcelin VOUNDA ETOA