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Le Mirifique prophète de Mone-Kpwe

Auteur  : Dalheb EMANE
Année de parution  : 2016
Bref résumé
« Saint Vincent », l’unique prophète de Mone-Kpwe ne pouvait pas désarmer face aux intrigues ; il était décidé à servir le Seigneur jusqu’au bout et le cadre de Mone-Kpwe s’avérait très exigu. Il sillonnait des villages en leur parlant de sa « vision », de sa nomination de prophète par le Seigneur tout puissant lui-même et du paradis. « Saint Vincent » n’avait plus que le dimanche pour faire son évangélisation. Il le faisait tous les jours dépassant pasteurs et prêtres réunis. Pendant que certaines personnes le traitaient de fou, « Saint Vincent » avait même changé son habillement. Il devait s’habiller comme les autres ‘’Saints’’. C’est ainsi que Bendele de Mone-Kpwe devint prophète. « Saint Vincent » avait un principe simple qui constituait la base de son message divin : « Dieu a créé l’homme dans la forme la plus parfaite, ensuite nous l’avons ramené au niveau le plus bas. Ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, ceux-là auront une récompense jamais interrompue au paradis ». … Le mirifi que Prophète de Mone-Kpwe, un roman à avoir à son chevet au titre de ces titres qui cultivent, pas seulement à raison du corps mais davantage à raison de l’âme.
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Description

Préface

L’humanité est malade. Voilà globalement le triste constat qu’on fait aujourd’hui lorsqu’on n’observe pas seulement l’héritage culturel transmis aux jeunes mais aussi le legs d’une jeunesse taxée par certains de moribonde. Aucun effort n’est visiblement fait pour sortir de cette léthargie quasi épidermique et épidémique. Chacun veut vivre heureux dans un lac paradisiaque de bonheur sans rien faire. Cette mentalité omniprésente héritée de la progéniture d’une élite elle-même compradore devient de plus en plus inquiétante dans ce nouvel environnement mondial et mondialisé.

Au moment où beaucoup de textes sont disponibles au sujet de l’état du monde actuel, un constat amer est tout de même fait, de nombreux changements mais au fond, une réelle crise de valeurs éthique, morale et spirituelle. Le matérialisme, le snobisme et autres « ismes » inscrits à ce vocabulaire grotesque et grandiloquent semblent à dessein façonner le nouveau destin de l’homme au point que les valeurs autrefois référentielles et cardinales sont désormais sommées à tomber à l’oubli. Ici et là, on voit beaucoup de richesses, beaucoup de gadgets et bien d’autres matériels, mais en réalité, on y voit aucune conscience, aucun mérite. Avec tout cela, l’on n’hésite pas à penser et à faire penser que l’avenir de l’humanité dans cette avenue n’est plus la culture et l’éducation au contraire le luxe.

Cette analyse qui ressort de la quasi-totalité des chroniques socio-politiques et des textes de plus d’un chercheur met en exergue les failles d’une philosophie qui avait pour ambition faire de l’homme un demi-dieu. L’espoir des parents de faire de leur fils de potentielles élites politiques, intellectuelles et spirituelles a muté très vite à un désespoir absolu. C’est le cas de Bendele Bendele Vincent,  personnage principal de Le mirifique Prophète de Mone-Kpwe de Emane Dalheb. Sans déjà vous jeter dans les méandres de ce texte qui, dans un discours très digeste, vous plonge au-delà de la réalité de l’Afrique sub-sahélienne, nous sommes tentés de souligner que le sujet de ce récit est à l’image ou est le reflet de tous ceux-là qui brillent par un laxisme, un avarisme, un égoïsme, un égocentrisme, un individualisme légendaire.

à la lecture du présent roman qui échoit au registre des autres que nous avions lu ou lirons, on ne constatera pas que l’auteur dans un style ironique peint sans ambages ces sociétés et ces hommes qui, sans honte, promeuvent le capitalisme, le mercantilisme et le matérialisme au mépris de l’homme et de l’effort personnel. On cherche certes le bonheur mais à quel prix peut-on se demander. Il faut dire que c’est cette fâcheuse mentalité et situation qui caractérise plus d’un jeune  de nos jours. Qui ne veut pas rouler carrosse ? Quand bien même on n’a pas pu faire comme les méritants chacun voudrait être au top. Tous dans ce chaos veulent baigner dans la richesse, rouler dans les grosses voitures, construire des villas à défaut des châteaux sans travailler. Entendons, sans avoir étudié ou alors travaillé manuellement. Cette attitude qu’on rencontre presque chez une majorité de jeunes gens est ce que Le mirifique Prophète de Mone-Kpwe témoigne sans fard dans cette histoire à couper le souffle. Le dilemme devient celui  du choix entre le stylo et la machette. Voilà un enfant qui, à dessein, renonce à l’école au cours préparatoire pour rejoindre ses parents dans les plantations. Une fois dans celles-ci, il les trouve encore difficile au point que, délibérément, il choisit plutôt le banditisme et autre travers pour être heureux. Là commencent donc des comportements psychopathique et antihumain comme le blanchissage de l’héritage parental et l’anticipation de la mort de ceux-ci au nom des plaisirs libidineux et du ventre …

Le mirifique Prophète de Mone-Kpwe, un roman à avoir à son chevet au titre de ces titres qui cultivent pas seulement à raison du corps mais davantage à raison de l’âme. L’âme disons-nous parce que dans ce texte une kyrielle de thématiques liées à  la littérature, à la philosophie, à la sociologie, à l’anthropologie et à la théologie est dévoilée dans un style émouvant et ironico-alléchant. On n’observe au chapitre des romans que nous avons l’habitude de lire que celui de Emane Dalheb nous sort de l’ordinaire de ces histoires cocasses et rocambolesques déjà entendues pour nous plonger à l’intérieur d’une vie qui nous impose non seulement une méditation mais aussi une prise effective de conscience par rapport aux nouveaux défis que nous présente l’humanité actuelle. Si le poète en des jours impies prépare des jours meilleurs, il est temps qu’on comprenne que ce romancier s’attelle ici à faire le même travail par le truchement de sa plume. Le quiétisme dans lequel nous semblons plonger aujourd’hui paraît tellement inquiétant pour lui au point qu’il s’est trouvé dans l’obligation de commettre un roman-miroir pour tous ces laxistes qui ne lésinent d’aucun effort pour détruire et déconstruire ce que les autres ont bâti depuis des lustres.

En lisant cet ouvrage, on verra qu’il n’ya pas de pont entre le personnage central que dire, principal de ce texte et notre vie actuelle. Les travers socioculturels et politique-économiques qui caractérisent notre environnement mondial à l’échelle macroscopique et nos attitudes indigentes à l’échelle microscopique montrent clairement que les hommes n’ont jamais changé. Dans un cadre purement spatio-temporel on remarquera que la scène se déroule dans un petit village comme celle que nous menons bien évidemment, chacun au quotidien. Sauf que comme nous-mêmes, le personnage principal se démarque du reste de la communauté par ses comportements peu orthodoxes ou ordinaires. Il en va de même pour tous ceux-là qui, au prix du bien-être individuel, détournent, volent, mentent et commettent des forfaits quelconques.

En évoquant la question du bonheur qui est une question purement philosophique, l’auteur dans ce roman essaye de montrer que la paresse et l’effort sont proportionnellement ou arithmétiquement définis par rapport à celle-ci. Pourtant, l’on oublie que les pauvres ou les riches ne sont pas dans le siècle mais dans l’esprit. Entendons que le bonheur n’est pas mathématiquement toujours égal au fait de manger ou de boire à sa faim. Bendele Bendele ou le mirifique prophète de Mone-Kpwe mange et boit mais il n’est jamais satisfait. Cet insatiable qu’est l’humain ne peut véritablement se satisfaire que si et seulement si, il comprend qu’à l’homme rien de plus utile et indispensable que l’homme. Le matérialisme tombe dans cette nouvelle conception des rapports interhumains en désuétude. La nourriture et les autres biens que l’on peut nous faire miroiter comme définissant uniquement la vie, deviennent ainsi des « persona non-grata ».

In fine, le message de Emane Dalheb se veut clair pour notre jeunesse en déroute axiologique. Il est judicieux et impérieux de lui imposer ce texte à défaut de le faire à tous sans distinction, car l’émergence reste le leitmotiv des hommes et il est bon de noter qu’aucune mutation ou émergence n’est possible en marge d’une véritable éducation, clé de toute réussite.

Résolument, la pensée de l’auteur constitue une interrogation pour tous nonobstant quelques coquilles ou vices de forme que l’on pourra rencontrer. L’auteur n’est qu’à son premier roman. Il appartient au lecteur qui souhaite se découvrir de parcourir le présent texte, laissant apercevoir ses yeux, obéissant au rythme de son cœur afin de se situer dans ce monde où les responsabilités doivent se partager.

 

Dr. Serge LEMANA ONANA

Philosophe, ancien de l’ENS