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Le père Léopold doit mourir

Auteur  : BENOGO ADELA  Cyriaque
Année de parution  : 2016
Bref résumé
La déviance et la délinquance des clercs qui touchent aussi bien à la violation des normes sociales primitives, c’est-à-dire aux valeurs primaires et élémentaires légitimement déclarées, ainsi que celles juridiquement consignées dans le code des lois, et dont les clichés sont révélateurs au plus haut niveau des pratiques complexes et mêmes les plus insoupçonnées des hommes d’église, méritent une attention particulière dans la pastorale de brousse. C’est en lame de fond, le point d’intérêt que tient à partager avec les lecteurs, l’écrivain du présent ouvrage dont le mérite aura consisté à démystifier le tabou, à aller au-delà de la réalité officielle d’une sphère sociale très souvent immaculée par les thuriféraires de l’hypocrisie religieuse ; en révélant les non-dits, les pratiques souterraines, mieux, les plaies qui infestent les presbytères de brousse et partant, les pustules que cachent la soutane noire de nos ecclésiastiques.
Catégorie :

Description

Préface

Lorsque j’ai lu ce texte, son contenu m’a tout de suite plongé dans l’épineux univers de la déviance et de la délinquance en milieu clérical ; singulièrement celui du champ de l’église chrétienne (catholique romaine en l’occurrence), objet de ma toute première recherche académique, il y’a de cela quelques années. Mon souci dans ces travaux était de démontrer que le clergé et ses pratiques quotidiennes aussi bien au sein de l’église qu’en dehors de ce cadre, ont cessé d’appartenir à une catégorie sociale déclarée tabou dans certains milieux, puis, décrétée intouchable par la science. C’est ce message que l’auteur de cet ouvrage se propose avec courage, de porter à l’attention du grand lectorat ; un roman qui s’inscrit dans le champ d’une littérature engagée et dont la posture met en immersion dans son champ social, l’écrivain, révélateur des beautés et des laideurs de son univers sociétal. Loin de faire le procès des hommes d’église, comme pourraient le croire certains lecteurs en parcourant ce livre, son auteur a tout simplement voulu réitérer à l’attention de la conscience collective que le milieu clérical en général et celui chrétien en particulier dont la vie n’est point coupée de celle des groupes sociaux ordinaires, sont révélateurs à plus d’un titre, des réalités qui méritent à la fois introspection, questionnement et à long terme, une réelle interpellation de la société dans son ensemble.

La déviance et la délinquance des clercs qui touchent aussi bien à la violation des normes sociales primitives, c’est-à-dire aux valeurs primaires et élémentaires légitimement déclarées, ainsi que celles juridiquement consignées dans le code des lois, et dont les clichés sont révélateurs au plus haut niveau des pratiques complexes et mêmes les plus insoupçonnées des hommes d’église, méritent une attention particulière dans la pastorale de brousse. C’est en lame de fond, le point d’intérêt que tient à partager avec les lecteurs, l’écrivain du présent ouvrage dont le mérite aura consisté à démystifier le tabou, à aller au-delà de la réalité officielle d’une sphère sociale très souvent immaculée par les thuriféraires de l’hypocrisie religieuse ; en révélant les non-dits, les pratiques souterraines, mieux, les plaies qui infestent les presbytères de brousse et partant, les pustules que cachent la soutane noire de nos ecclésiastiques.

Un trait dominant semble caractériser le système de gestion des assemblées chrétiennes et des paroisses en milieu rural au sein des sociétés négro-africaines de l’heure. Cette autre forme de gouvernance dont les méthodes et les pratiques sont à situer aux confins de la monarchie et du dogmatisme, a fait le lit à l’ecclésiologie de la chefferie. Cette ecclésiologie s’abreuve elle-même, d’une gestion dite paroissiale et qui, à l’image de la politique néopatrimonialiste, confère à ses inconditionnels, un droit de pouvoir absolu sur les biens et les hommes qu’ils ont à gérer. Le père Léopold, principal héros de cet ouvrage, incarne dans son comportement et ses pratiques quotidiennes, la figure emblématique de ce type de gouvernance qui fait entorse à la fois aux valeurs traditionnelles, morales, civiques et même spirituelles.

L’écrivain nous donne à voir et surtout à décrypter au travers du prélat, une dimension ambivalente et subjective de l’autorité ecclésiale ; une autorité morale déphasée, qui bien que partie prenante dans la réalité sociale quotidienne et les interactions qui la structurent, se pose en usurpateur et en violateur de la conscience collective que symbolise la doctrine sociale de l’Eglise. Cette image expose une autre caractéristique de l’église des hommes que l’historien John NOSS oppose à l’Eglise de Dieu dont les réalités s’en éloignent radicalement.

La contradiction profonde qu’expose le personnage central de l’ouvrage, c’est celle d’une image déphasée, celle d’un berger ou d’un pasteur d’âmes, qui cesse d’incarner le modèle du souverain prêtre, celui des saintes écritures bibliques ; l’image du pasteur des pasteurs, celle du pasteur dans le christ pasteur ou du pasteur dans l’unique et vrai pasteur dont Saint Augustin nous fait allègrement l’éloge dans ses écrits théologiques.

Mais en violant l’éthique ecclésiale, en faisant entorse aux normes sociales, celles de son environnement quotidien, en ramant à contrecourant de la doctrine de l’église dont il est supposé en être, de par son statut, le premier porte étendard au sein de la communauté dont il a moralement, socialement et spirituellement la charge, l’homme d’église, bien que drapé de ses attributs de clerc, reste et demeure un être social sous la pesanteur des sanctions sociales et donc de la sanction collective, qui dans l’imagerie populaire semble préfigurer la sanction divine elle-même . Les dénonciations populaires des frasques et autres inconduites répétées du prélat, les rappels à l’ordre plus ou moins couvertes et ouvertes de l’autorité traditionnelle, ne constituent en réalité qu’une étape visible d’un processus de sanction dont le dénouement est fatal pour le héros central du roman. La mort tragique du père Léopold, (réclamée) tué de la main de son propre rejeton, intervient comme une sentence qui choque en même temps qu’elle soulage les consciences d’une communauté villageoise longtemps invectivée et ulcérée par des traumatismes du prélat. Ce dénouement tragique de l’histoire invite à une autre lecture ; mieux, à une interprétation à la fois sociale et sociologique de la construction sociale de la réalité dont les éléments se tissent, se délient et se complexifient sous nos latitudes. Les conceptions populaires et divines de la justice peuvent parfois coïncider et se compléter.

In fine, une grande leçon est à retenir de la lecture de ce texte captivant : l’homme, être social de tous les temps, quelles que soient sa couleur de peau, son statut ou son rang social, ne saurait échapper au jugement et aux sanctions qui l’accompagnent, lorsqu’il blesse l’éthique et les règles sacrées de la nature.

Dr NNA NTIMBAN Albert

Sociologue