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HomeLivres imprimésREVUES ET COLLOQUESLE TRIPTYQUE INDISPENSABLE POUR LE BONHEUR DE L’ÊTRE HUMAIN

LE TRIPTYQUE INDISPENSABLE POUR LE BONHEUR DE L’ÊTRE HUMAIN

Auteur  :  INSTITUT DE PHILOSOPHIE SAINT-JOSEPH-MUKASA
Année de parution  : 2019
Bref résumé
La problématique de l’environnement est l’une des plus actuelles dans l’activité intellectuelle contemporaine. À témoin, le tout récent sommet qui vient de réunir, à Paris et à la mi-décembre 2017, une cinquantaine de chefs des États du Sud et du Nord, dont celui du Cameroun. On peut également tirer argument de la répétitivité de ce genre de regroupement dans l’histoire la plus récente de notre planète pour faire valoir le caractère crucial et axial de cette problématique. Cette intensité de manifestations ne devrait pas être banalisée comme si c’était un simple effet de mode, ou de simples rotations mécaniques d’ordre diplomatique et protocolaire. Si des hommes de pensée, ainsi que des hommes d’action et d’autres leaders de la société civile internationale s’y penchent, comme Greenpeace, c’est parce que la dégradation forcenée et peut-être irresponsable de la nature et de la biosphère par des intérêts économiques égoïstes et immédiats met en danger la vie de l’homme d’aujourd’hui et de demain. La vie est menacée en effet de toutes parts : non seulement de par la prédation des ressources du sol et du sous-sol, de par la dégradation des systèmes naturels de protection de la biosphère, mais aussi, et déjà,
Volume 1, n° 1 Nouvelle Série Janv-Juin 2019
Les Presses Universitaires de Yaoundé
Yaoundé, mai 2018
de par les prodigieux développements de l’Intelligence artificielle qui font rêver d’une sorte de transhumanité. D’être exposé à cette autodestruc tion tendancielle, et à peu près inexorable, ne peut laisser aucun homme tranquille. D’où la grande réflexion transversale fort à propos organisée par l’Institut de Philosophie Saint-JosephMukasa, à travers son premier « Café Philosophique », dont cette publication en est le fruit
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Description

Préface

L’existence humaine est, en tous points, historiquement caractérisée par un principe inaliénable : la liberté. Cet attribut est la marque d’une existence exceptionnelle, car de toutes les espèces vivantes, l’humanité est la seule capable de se défaire des déterminismes naturels. Au lieu de s’adapter, l’homme se réinvente des conditions d’existence qui vont faire de lui un être de culture ou de civilisation. Pour ce faire, il s’organise et s’oriente dans une logique disciplinaire dont le sens et la dynamique sont perceptibles dans la faculté de penser son existence et de mettre en application sa pensée.

La réalisation d’une existence libre s’accomplit comme un devoir que se donne l’homme, puisque la culture ou l’historicité de celui-ci est un processus de dépassement, de correction continus du déjà-là, du naturel. Par cette dynamique historique ou culturelle, l’homme poursuit un bonheur, c’est-à-dire un idéal exigeant de lui un engagement qui requiert toutes les possibilités dont est capable son intelligence. Nous lisons dans la dynamique de cette intelligence, la volonté que manifeste l’homme de faire de son existence une tension permanente entre « l’être et le devoir-être », c’est-à-dire la négation constante du déjà-là au profit d’un bonheur qu’il pense réaliser en mettant en articulation un triptyque conceptuel : politique-loi naturelle-environnement.

Comment articuler ces trois concepts présentés comme une condition préalable au bonheur de l’homme sur terre ? Un état des lieux, des débats et des interrogations exprimés dans cet ouvrage, faisant office d’actes du « Café philosophique » organisé à l’Institut de Philosophie Saint-Joseph-Mukasa en 2018, dénotent de la pertinence et de l’opportunité d’une telle  rencontre intellectuelle. Nous avons là des participants qui, chacun dans sa sensibilité et sa spécialité, proposent des textes interpelant notre conscience au sujet de ce que nous entendons par bonheur. Comme on peut le savoir, la politique implique toujours l’idée selon laquelle les communautés humaines se constituent autour d’un idéal de vie ensemble. Ceci suppose un vivre-ensemble fondé sur des institutions et un système idéologique, en général, démocratique.

La loi naturelle suppose un principe caractéristique de l’ordre des choses. Chez l’homme, il s’agit du droit à la vie et de la liberté qui se réalisent en fonction de la perception qu’on a du sens de la vie et du pouvoir d’intelligence. Il s’agit aussi de l’ordre qui régit le fonctionnement de la nature. Francis Bacon, par exemple, pensait, en son temps, qu’on ne pouvait commander à la nature que si on avait, au préalable, compris et obéi à ses lois. Au XVIIème siècle, Descartes faisait savoir que les lois de la nature sont imperturbables et que même Dieu qui les régit ne pourrait en changer les principes ou l’agencement de leur fonctionnalité. Ainsi, l’idée que nous avons des lois naturelles implique la nécessité pour l’homme d’aujourd’hui de sortir de cet anthropocentrisme métaphysique qui, selon une perception scolastique classique, pensait une essence de l’homme par-delà le naturel physique et toute fonction mécanique.

Aujourd’hui, on se rend compte qu’aucune réalité substantielle, idéelle ou métaphysique ne révèle l’essence de l’homme. Notre humanité est une « humanité environnementale ». En l’état actuel de notre savoir et de notre savoir-faire, l’homme ne peut encore envisager une autonomie radicale vis-à-vis de l’environnement : nous sommes tous condamnés à respirer l’air par la bouche et par le nez.

Le triptyque pour le bonheur de l’être humain sur la terre : politique, loi naturelle et environnement, thème de ce Café philosophique, est, à la fois, une alerte et un appel au recours écologiste pour ceux qui pensaient encore que les ressources naturelles sont inépuisables. L’heure est à la prise de conscience face à une industrialisation subordonnée à la volonté du capitalisme marchand. Apparemment, les nouvelles technosciences du vivant qui pensent déjà à augmenter l’homme, à le rendre invulnérable face à certaines pathologies se disent être l’espoir de l’homme du futur, vivant dans un environnement totalement dénaturé. Mais, il va falloir se demander si toutes ces Conferences of the parties (COP), nos cafés philosophiques, pensant l’avenir de notre planète, le statut de notre être actuel ne donnent pas lieu à une réelle reconsidération de la volonté de modifier génétiquement l’homme originel. Il est question de savoir si, de façon objective, on peut fonder une humanité meilleure sur la base d’un perfectionnement biotechnique de ses gènes et non sur les principes de l’ondoyance, de la diversité et de la perfectibilité qui sont des valeurs chères à Montaigne.

La tâche fondamentale de l’intellectuel est la formation et la réflexion ou la production des idées, il peut faire éventuellement partie des cercles de décision ou en charge de la mise en application de ces idées. Mais, ce qu’on ne peut nier c’est qu’il s’adresse toujours à une cible bien repérée et bien indiquée. Pour cette raison, le présent ouvrage de la grande floraison des idées que des intellectuels développent au sujet d’une vie meilleure ou du bonheur.

 

Pr Issoufou Soulé Mouchili Njimom