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L’essai sur La classe gouvernementale au Cameroun depuis l’an 2000

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« L’auteur s’investit à cerner la classe gouvernementale dans ‘’la complexité de ses raisonnements de formation, luttes, jeux politiques, interactions et autres manœuvres qui la font fonctionner quotidiennement et historiquement’’. De ce fait, il s’efforce brillamment de marquer des distances à l’égard des idées reçues, précisément la confusion entretenue entre élite sociopolitique et classe gouvernementale. Le choix d’inscrire cet objet dans un contexte attrayant, celui des années 2000, est loin d’être une opération gratuite. Il contribue à accorder une prééminence aux variables liées à la mobilité verticale et horizontale du personnel politique. Un tel effort de construction et de déconstruction de l’objet d’étude est une des caractéristiques premières de la science politique aujourd’hui. La posture sociologique ne cesse d’ailleurs de l’accentuer.
Si l’auteur propose cette réflexion, ce n’est point par fantaisie ou simple curiosité individuelle. Il s’agit de la transformation d’un besoin social en curiosité scientifique. Ce besoin social marque l’actualité à travers une forte polémique sur la solidarité de l’équipe gouvernementale et le maintien de certaines figures dans cette équipe au moment où la légitimité du chef de l’Etat (chef de la classe gouvernementale, bien évidemment) commence à susciter des remous. Du coup, on passe de l’analyse des faits sociaux à l’explication d’un phénomène politique de quelque durée : les mécanismes de formation et des logiques de fonctionnement de
la classe gouvernementale depuis 2000 jusqu’à ce jour ».

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Description

Préface

L’essai sur La classe gouvernementale au Cameroun depuis l’an 2000 est le produit d’une recherche menée par Monsieur Benogo Andela Cyriaque Brice. Cet essai constitue une belle curiosité scientifique.

Ce travail à dominance historique est débarrassé de termes superflus et le découpage dont il fait l’objet est binaire et équilibré. Ce découpage en facilite à l’abord la compréhension des idées organisatrices. L’on relève également une répartition globale mesurée entre ses éléments, soutenus par un langage scientifique approprié qui réfère aux auteurs classiques de sociologie politique.

Cette réflexion marque à plus d’un titre. Relevons à première vue l’audace de l’auteur à mener une réflexion innovante, en raison de la construction de l’objet d’étude. Aborder la “classe gouvernementale” du Cameroun dès 2000 en la distinguant de “l’élite sociopolitique” ou “classe dirigeante”, tel est l’enjeu de son étude. L’analyse des conditions de production de la « classe gouvernementale » donne la possibilité d’éviter de la considérer comme un objet empirique déjà là. Le débat aurait dû se constituer autour de la pertinence de l’emploi (ou du réemploi) des catégories usuelles : classe gouvernementale vs classe dirigeante ; classe gouvernementale vs gouvernement. Il ne saurait être éludé, si l’on suivait l’analyse de l’auteur dans ses conclusions ultimes. Monsieur Benogo revient néanmoins sur la manière dont il construit (ou déconstruit) son objet d’étude. La controverse autour de l’apparente mobilité et la stabilité du personnel politique est aussi importante. Il est probablement en rapport avec les enjeux politiques contemporains, la circulation ou le renouvellement des élites politiques en l’occurrence. En tout cas, la façon d’analyser le personnel politique est influencée par une telle controverse. Il en est ainsi de l’essai mis en discussion, dans le cadre présent.

L’auteur s’investit à cerner la classe gouvernementale dans “la complexité de ses raisonnements de formation, luttes, jeux politiques, interactions et autres manœuvres qui la font fonctionner quotidiennement et historiquement”. De ce fait, il s’efforce brillamment de marquer des distances à l’égard des idées reçues, précisément la confusion entretenue entre élite sociopolitique et classe gouvernementale. Le choix d’inscrire cet objet dans un contexte attrayant, celui des années 2000, est loin d’être une opération gratuite. Il contribue à accorder une prééminence aux variables liées à la mobilité verticale et horizontale du personnel politique. Un tel effort de construction et de déconstruction de l’objet d’étude est une des caractéristiques premières de la science politique aujourd’hui. La posture sociologique ne cesse d’ailleurs de l’accentuer. Si l’auteur propose cette réflexion, ce n’est point par fantaisie ou simple curiosité individuelle. Il s’agit de la transformation d’un besoin social en curiosité scientifique. Ce besoin social marque l’actualité à travers une forte polémique sur la solidarité de l’équipe gouvernementale et le maintien de certaines figures dans cette équipe au moment où la légitimité du chef de l’État (chef de la classe gouvernementale, bien évidemment) commence à susciter des remous. Du coup, on passe de l’analyse des faits sociaux à l’explication d’un phénomène politique de quelque durée : les mécanismes de formation et des logiques de fonctionnement de la classe gouvernementale depuis 2000 jusqu’à ce jour.

La perspective envisagée par Monsieur Benogo Andela Cyriaque Brice est de saisir la « classe gouvernementale au Cameroun », à l’abord sous l’angle constructiviste et structuraliste. L’analyse des relations de pouvoir entre différents membres de la société politique camerounaise aide à aller plus loin dans les investigations. Elle accorde ainsi une importance aux stratégies et jeux de rôle mobilisés au sein de cette société. Celle-ci est organisée autour d’un ensemble d’agents dotés des intérêts divers et divergents. Les positions de ces agents sont hiérarchisées et différenciées ; ce qui autorise sans doute à en parler en termes de « classe ». La « classe gouvernementale » est probablement construite, mais elle n’en est pas moins indépendante de la volonté et de la conscience des différents agents qui la constituent. Tout cela conduit à une mise en perspective historique, qui donne une profondeur au travail de Monsieur Benogo (« thick description », dirait Clifford Geertz).

Cette double approche de la classe gouvernementale (action, structure) débouche sur deux “idées fortes”, mieux deux “lois majeures” dont la connaissance aide désormais à “lire l’action de la classe gouvernementale au Cameroun”. Pertinemment, il s’agit de la loi de conservation de l’ordre sociopolitique en l’état et celle de l’invention de soi au pouvoir. Une argumentation affinée en “quatre sous-entendus” étoffe ce raisonnement. Tout au long de cette aventure, l’auteur ne perd pas de vue ce bloc d’hypothèses. Bien plus, il procède à des rappels d’ordre théorique à la pointe du savoir scientifique avec des auteurs de renom dans leurs domaines appropriés. C’est par exemple le cas lorsqu’il fait l’état des travaux qui se situent dans la continuité de sa perspective. Il évoque fort à ce propos Bayart, Medard, Sindjoun, Onana, Owona Nguini, Ngayap sur le politique en Afrique. Ce qui semble frappant dans ce travail, c’est le dépassement des lois anciennes expliquant les raisons de la formation et du fonctionnement de la classe dirigeante, selon les auteurs précités. L’auteur intègre de façon additionnelle et instructive les memoranda, les motions de soutien, les lettres de remerciement. Il s’y dégage l’idée d’une forme de pourrissement du corps social, du maillage du gouvernement comme nouveaux modes d’action politique opérant au Cameroun. Tout cela sert de prétexte pour mettre en exergue de nouveaux sanctuaires du pouvoir, à l’exemple des ordres puissants et des citadelles politiques.

L’auteur y aborde une réflexion stimulante de la science politique classique : la constitution d’un pôle d’autorité. Les modalités d’action de la « classe gouvernementale » constituent également des points de discussion intéressants. À travers les modalités d’action variées, cette classe se déploie en termes de ruptures et continuités. La capacité de déploiement de celle-ci est loin d’obéir à une logique linéaire ; ce qui induit un intérêt pour le flou, le désordre ou l’inattendu. Dans cette logique, les modalités d’action analysées par l’auteur se déclinent sous des registres divers, voire contradictoires : haut/bas ; local/national. La compréhension fine de ces registres conduit à adopter un point de vue nuancé sur des objets politiques complexes : le changement, la légitimité, et la socialisation politiques notamment.

Dans son travail, Monsieur Benogo se positionne par rapport aux travaux classiques sur le pouvoir politique : philosophie politique, anthropologie politique, sociologie politique, etc.. Son intention objective est d’être au plus « près » des objets, tout en relevant l’arbitraire d’une sorte de description servile. Le schéma interprétatif de la « classe gouvernementale » n’est pas utilisé à des fins cosmétiques. Il induit des effets de sens, dont un certain nombre d’auteurs sont souvent loin de prendre en compte. L’enjeu de l’essai de Monsieur Benogo est sans doute de combler une telle précarité épistémique.

Abessolo Nguema Jean Roger

Invité à l’Université de Montréal (Canada),

Département de science politique,

Centre de Recherche sur les politiques et
le Développement Social (CPDS)

Informations complémentaires

Auteur

Cyriaque Brice BENOGO ANDELA

Année de publication

2020